Les ébauches d’une guerre nucléaire mondiale se précisent

Publié le par DoC

Les plus importantes manœuvres américo-israéliennes jamais réalisées se déroulent jusqu’au 5 novembre dans le sud d’Israël. Leur « objectif est de simuler des tirs de missiles à longue portée en provenance d'Iran, de Syrie ou du Liban et leur interception en vol ». Si cet exercice est planifié depuis un an, et ne constitue pas le premier du genre, c’est toutefois la première fois que les manœuvres sont motivées comme « destinées à préparer le pays à toute confrontation avec l'Iran ».

Le Mercredi 14 octobre, on apprend qu’Israël projette d’attaquer l’Iran « après décembre ». Selon une information de l’IDF, en entretien avec le général Jean-Louis Georgelin, Israël pourrait envoyer des troupes d'élite pour mener des activités sur le sol Iranien. L’attentat perpétré en Iran le
18 octobre, pour lequel Téhéran a ouvertement accusé les Etats-Unis et Londres, et pour lequel des représailles ont été promises, marque-t-il, si l’on enlève la suspicion de l’intervention occidentale dans les émeutes électorales iraniennes,  le début de tentatives de noyautages intra-muros ? Il marque en tous cas un cran supplémentaire dans l’escalade des tensions de cet automne, conformément aux confidences israéliennes ayant filtrées il y a près d’un an, durant l’interview de la journaliste Sarah Cummings, comme quoi l’opération plomb durci n’avait été qu’un prélude à une attaque à l’encontre de l’Iran dans l’année.
 
 Les tensions martiales actuelles ne se limitent pas au dossier iranien. Cet été, la Chine avait fait du pied à la Russie pour étendre les fonctions de l’OTCS afin de s’adapter à « l’infiltration croissante de l’OTAN dans la région ». Le 24 juillet, c’est la militarisation de la Géorgie qui est évoquée par Washington en vue de son adhésion à la coalition. Toujours l’été, c’est le Canada qui provoque la Russie, et l’Otan, qui, en militarisant l’arctique, achève l’encerclement de Moscou. Ceci avec une base avancée rêvée, l’Afghanistan, même si la coalition s’y retrouve à l’état de cadavre, pour reprendre le terme du général Rick Hillier, mais le financement abyssal de ce tonneau des Danaïdes laisse plus à penser au maintien d’une position géostratégique fondamentale qu’à la lutte contre le douteux spectre d’un Al-Quaïda inventé sur place 30 ans plus tôt par l’incontournable Gates.
 
 Le potentiel militaire russe est dérisoire par rapport au potentiel américain, et encore bien plus face à celui de la coalition : un vingtième du budget du pentagone, en progression, certes, mais le retard reste irrattrapable, à supposer que le Kremlin en ait la volonté. Un corollaire essentiel s’en dégage : la Russie ne se lancera pas dans une guerre conventionnelle, offensive ou défensive, ce serait un suicide annoncé.
 
 C’est probablement la raison pour laquelle Moscou vient d’apporter un changement fondamental à sa politique militaire : dorénavant, la Russie se réserve le droit d’utiliser l’arme nucléaire en préventif, massivement ou localement, si elle ou un de ses alliés étaient attaqués. Les motivations ayant conduit à ce revirement extrêmement grave, dont la presse française n’a pas dit un mot, se base sur trois points, selon l’analyste russe Ilia Kramnik  :
 
 « Qu'est-ce qui rend nécessaire de rabaisser le seuil d'emploi des armes nucléaires jusqu'aux conflits locaux? Premièrement, c'est la réduction générale du potentiel de guerre de la Russie par rapport à l'époque soviétique, ce qui a entraîné l'accroissement du nombre d' Etats capables de représenter une menace critique pour notre sécurité nationale en cas de conflit. Deuxièmement, c'est la déstabilisation générale de la situation dans le monde où augmente le nombre de pays détenteurs d'armes de destruction massive qu'il est souhaitable de neutraliser avant leur emploi. Troisièmement, c'est le perfectionnement de l’arme nucléaire. Les munitions modernes sont bien plus compactes et "plus pures" qu'auparavant. Véhiculées vers la cible par des missiles ou des bombes de haute précision, elles se sont transformées de moyens de dissuasion en armes réelles qu'on peut employer contre des cibles particulièrement importantes/protégées, sans entraîner des conséquences comme un désastre écologique de grande envergure qui est garanti lors de l'emploi tant soit peu massif de munitions des générations précédentes ».
 
 Pavel Zolotarev, vice-directeur de l'Institut des Etats-Unis et du Canada et professeur de l'Académie des sciences militaires, dans une interview à ce propos, indique : « La nouvelle doctrine restera effectivement plus ou moins indéfinie pour ce qui est des conditions du recours à l'arme nucléaire. Plus floues sont les clauses de l'utilisation de cette arme, plus efficace est la dissuasion. Autrement dit, il ne s'agit désormais plus seulement d'une guerre de grande ampleur comme c'était le cas auparavant ». En d’autres termes, la gâchette nucléaire devient plus sensible. Elle prolonge la doctrine de 2000, qui prévoit la riposte nucléaire « en cas d'une agression massive à l'arme conventionnelle », ainsi que le rappelle Patrouchev.
 
 L’Iran peut-il être considéré comme un allié de la Russie ? (entendre l’arrière-pensée : en cas d’attaque, même conventionnelle, de l’Iran, la Russie pourrait répliquer en nucléaire). L’Iran, pays observateur de l’OCS, est également la pièce maîtresse du cartel gazier, en partenariat avec la Russie et le Qatar, cartel qui possède 3/5 des réserves de gaz mondiales (l’Iran en possède 15%). Par ailleurs l’Iran reste la pièce essentielle dans la stratégie énergétique russe, qui consiste à s’appuyer sur le régime des Mollahs pour éviter que l’Asie centrale gazière ne s’oriente directement vers l’UE, et conserver ainsi son monopole de distribution vers l’Europe, même si le projet South Stream, récemment activé pour concurrencer Nabucco, devrait encore modifier le paysage géo-énergétique de la région.
 
 L’Iran est pour l’instant dans une position ambiguë, un pied dans l’OCS, un pied dehors, et fait l’impossible pour entrer dans l’organisation, ce qui lui assurerait un parapluie contractuel tenu par la Chine et la Russie en cas d’attaque. Toutefois, les partenariats des Mollahs avec les pays membres de l’OCS sont si développés qu’on pourrait presque parler d’une adhésion de fait. 20 milliards de dollars d’investissements chinois en Iran dans le domaine énergétique, annoncés le 22 octobre, en plus des 120 milliards déjà investis les 5 années précédentes. La Chine, qui importe 60% de son pétrole, en importe 15% d’Iran, une manne colossale dont on la voit mal se passer.
 
 Une attaque à l’encontre de l’Iran serait en premier lieu une atteinte aux intérêts énergétiques de la Russie et de la Chine, essentiels à leur survie. Même conventionnelle, cette attaque pourrait donner lieu, suivant sa nouvelle politique militaire, à une offensive nucléaire préventive de la part de la Russie. En infériorité matérielle militaire intenable, seules des attaques nucléaires ciblées offensives laisseraient une chance à Moscou de ne pas succomber sous la puissance de feu dinosaurienne de l’Otan. Jouer avec les blancs, et avec la grosse berta, reste la seule possibilité russe, devant l’abyssal déficit de rapport de force. Quant à la Chine, sa discrétion habituelle interdit toute projection, quoique le pays ait su montrer, lui aussi, ses dents nucléaires, comme on l’a vu lors de l’opération « divine matrix » menée par l’Inde en début d’année.
 
 L’Iran ne renoncera pas à son enrichissement. Israël ne l’acceptera pas.
Les plus grandes bulles financières jamais atteintes, les derniers remparts qui font encore tenir le système, sont au bord de l’explosion, le dollar au bord de l’effondrement, la dette américaine ne peut plus être résorbée par une économie réelle en déroute, l’or et les matières premières culminent à des sommets … Cette guerre n’est-elle pas déjà écrite, à la modalité près de déclenchement, modalités qui sauveront les apparences ? Le 23 octobre, le secrétaire du conseil national de sécurité russe déclare que la Russie doit se préparer pour faire face à « un conflit de grande envergure ».  
 
 John Lloyds
(Source)

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